Chrétiens en Ubaye

tribune libre

  • l'Europe occidentale est en grand péril

    entretien exclusif du cardinal Sarah avec Boulevard Voltaire

    Vous venez de publier un nouveau livre entretien avec Nicolas Diat intitulé Le soir approche et déjà le jour baisse, aux Éditions Fayard.
    Le moins que l’on puisse dire c’est que vous n’y maniez pas la langue de buis.
    Si vous prenez à nouveau la parole, écrivez-vous, c’est que vous ne pouvez plus vous taire, ‘’les chrétiens étant désorientés’’, ce sont vos mots.
    Faites-vous là allusion au récent scandale qui a touché l’Église ?

    Je ne fais pas uniquement référence à ce scandale. Nous vivons une grande crise depuis plusieurs années. Je me rappelle qu’en 2016, juste avant son élection au siège Saint-Pierre, Benoit XVI disait que l’occident traversait une crise qui ne s’est jamais vérifiée dans l’Histoire du monde. Voyez-vous comment la famille est détruite ? Comment le mariage est conçu d’une manière différente de ce que nous avons toujours connu ? Comment l’anthropologie est en grande crise ?
    Il y a bien sûr la crise économique, la crise politique et la crise des responsables, mais, on constate au niveau de l’Église une baisse énorme de la pratique religieuse. Les églises sont vides. L’enseignement de l’Église semble également très flou et confus. Beaucoup de gens sont désorientés et ne savent plus où aller. C’est cette réalité que j’ai décrite. Je n’invente rien. Je fais un constat le plus précis et le plus près possible de la vérité.
    Nous voyons bien que ce que je décris existe. Il y a une grande confusion et une grande incertitude. Les gens veulent surtout qu’on leur indique la route et qu’on leur enseigne la foi que nous avons toujours vécue. La foi et la parole de Dieu ne changent pas. Dieu est le même.
    Ce que dit ce livre est vraiment la réalité. Il s’agit de donner l’espérance, malgré cette crise, pour retrouver vie et confiance. Sur le plan humain, quelqu’un peut avoir une maladie grave, se soigner et retrouver la santé. Une autre personne peut aussi traverser une difficulté passagère, mais après des efforts et l’aide qu’elle reçoit, elle retrouve une certaine assurance.
    Il y a des périodes de désemparement, mais on peut quand même trouver une espérance. C’est ce que j’essaie de dire dans ce livre.

     

    Vos propos semblent viser à réveiller un occident en perdition. Il est à rebours du discours habituel sur le sujet. Dans votre livre Dieu ou rien, vous rendez hommage, je cite ‘’aux beaux fruits de la colonisation occidentale, aux missionnaires de France qui vous apportent le vrai Dieu’’. Aujourd’hui, en somme, le missionnaire c’est vous et la terre de mission, c’est la France.
    Diriez-vous que l’occident a oublié ses racines et a dilapidé son héritage ?

     

    Je crois que nous devons être vrais. J’ai tout reçu de l’occident. J’ai reçu ma formation et ma foi. On a l’impression aujourd’hui que l’occident renie ses origines, son histoire et ses racines. Il me semble que nous vivons comme si nous n’avions rien à voir avec le christianisme. Ce n’est pas vrai. Lorsqu’on ouvre les yeux, on voit bien l’architecture, la musique, la littérature et que tout est chrétien. Je ne vois pas pourquoi on peut nier ce qui est. Nier ce qui est, c’est se mentir à soi-même.
    Je pense que l’occident est en péril s’il renie ses racines chrétiennes. C’est comme un grand fleuve, il a beau être immense et majestueux, s’il perd sa source, il n’est plus alimenté et se dessèche au bout d’un certain temps. C’est comme un arbre qui n’a plus de racines, il meurt.
    Un occident sans racines chrétiennes est un occident menacé de mort et de disparition. Il s’est fait envahir par d’autres cultures qui, elles, ne renoncent pas à leur histoire et combattent pour montrer qu’elles ont une culture à proposer. D’autres cultures envahissent l’Europe, comme les cultures musulmane et bouddhiste.
    Il est important qu’il reprenne conscience que ses valeurs, belles, majestueuses et nobles se perdent.
    Je ne prétends pas être le missionnaire. Nous sommes tous, par le baptême, envoyés pour que faire connaître le Christ et l’évangile, et la réalité nouvelle qu’il nous propose. Aujourd’hui, les écritures nous disent encore ‘’ je fais un monde nouveau’’. Ce monde nouveau est créé par le Christ lui-même.
    Je souhaite que ce livre puisse réveiller la conscience occidentale. Je crois que l’occident a une mission spéciale. Ce n’est pas pour rien que Dieu nous a communiqué la foi par l’occident. Ce que Dieu donne est permanent, c’est pour toujours et non pour un instant.
    L’occident a une mission universelle, à cause de sa culture, de sa foi, de ses racines et son lien personnel avec Dieu.
    Si l’occident perdait ses racines, il y aurait un bouleversement énorme et terrible dans le monde.
    Je crois profondément au rôle essentiel de l’islam pour notre civilisation. J’espère que la lecture du livre ‘’ Le soir approche et déjà le jour baisse’’ sera un moyen pour réveiller la conscience occidentale, mais aussi notre conscience de chrétien.


    Vous vous inquiétez de la migration et de ses conséquences. Vous écrivez que le déracinement culturel et religieux des Africains projetés dans des pays occidentaux qui traversent eux-mêmes une crise sans précédent est un terreau mortifère. Quel est selon vous le regard chrétien à porter sur la migration ?

    Je crois que lorsqu’ils arrivent en occident, ils se rendent tout de suite compte que c’est un occident qui a perdu Dieu, qui est plongé dans le matérialisme, dans la négation de Dieu et qui ne voit que la technique et le bien être. Cela les désempare.
    Je connais l’Afrique et l’Asie. Ce sont des continents profondément attachés à Dieu et au transcendant. Arrivés ici, ils trouvent uniquement le matériel. Cela peut être une désorientation pour eux. Or, je pense que si vous les accueillez, ce n’est pas seulement pour leur donner du travail, un logis et de quoi vivre. Proposez-leur aussi ce qui fait votre richesse, sans forcer personne. La foi est un acte d’amour. On ne force pas quelqu’un à aimer. Proposez-leur votre richesse, votre foi chrétienne en laissant chacun sa liberté d’accepter ou de refuser.
    Je pense que là aussi, l’occident a une mission. Quand vous recevez quelqu’un, vous lui donnez le meilleur de vous-même. Le meilleur de vous-même est votre coeur. Si quelqu’un arrive dans votre maison, vous lui donnez une chambre et de la nourriture. Si cette personne voit que vous n’êtes pas content, triste ou pas heureux de le recevoir, alors, il ne va pas manger ce que vous lui donnez. Le meilleur de nous-même n’est pas ce que nous donnons matériellement, mais c’est notre coeur.
    Il faut que l’occident donne son coeur. Or, ce coeur, c’est votre foi, votre lien à Dieu, votre richesse ancestrale qui vous a fait naître et qui vous a façonnés. C’est le christianisme qui vous a façonnés. Donnez aux étrangers qui arrivent, c’est vraiment cela qui fait votre richesse.

     

    Vous venez dénoncer une vision irénique des autres religions, y compris de la part des catholiques.
    ‘’Qui se lèvera pour annoncer la vraie foi aux musulmans?’’ écrivez-vous. Faut-il y voir une mauvaise interprétation du dialogue inter-religieux ?

     

    Quand deux personnes se parlent, chacun s’affirme dans ce qu’il est profondément. Il n’y a pas de dialogue si moi je m’efface. Le vrai dialogue est lorsque chacun dit ce qu’il est, ce qui fait sa vie profonde et ce qui fait sa foi. Dialoguer n’est pas offusquer ou de ne pas froisser l’autre de cacher sa foi. Un dialogue, c’est véritablement aller vers la vérité ensemble. Si nous sommes vraiment sincères, nous allons aboutir à une vérité. Le dialogue est pour moi très important, parce que c’est une recherche de vérité. Nous cheminons ensemble pour voir la lumière. Une fois que nous avons vu la lumière, soit il faut fermer les yeux pour ne pas suivre la lumière, soit on dit ‘’ c’est ça la lumière’’. Si réellement, Jésus est vraiment la lumière, nous ne pouvons pas ne pas l’accepter ensemble. Si vraiment Jésus est le chemin, nous ne pouvons pas ne pas l’accepter. Si vraiment, il est la vie, nous ne pouvons pas ne pas l’accepter.
    Le dialogue, c’est marcher ensemble dans la direction de la vérité, la trouver et l’accepter.

     

    Vous portez un jugement très sévère sur la mondialisation. Vous dites qu’elle est contraire au projet divin.
    Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

     

    Vous et moi sommes différents. Cette différence est une grande richesse. C’est comme dans un jardin, vous voyez des fleurs jaunes et vertes. Cet ensemble fait une beauté extraordinaire. La globalisation voudrait supprimer toutes les différences linguistiques, raciales et frontalières. Je ne sais pas où nous allons aboutir.
    Je pense que s’il n’y a pas de discernement et de sagesse, la globalisation constitue un grand danger pour la valorisation de chaque culture et de chaque peuple. Chacun de nous a une histoire, une culture et une richesse qu’il apporte aux autres. Alors, niveler toutes les cultures et tous les peuples pour n’en faire qu’un est pour moi, un appauvrissement.
    La mondialisation va contre le désir de Dieu qui a voulu nous créer différents pour nous enrichir mutuellement. Aujourd’hui, on a presque l’impression qu’il y a une américanisation, une européisation. Tout le monde doit être européen. La vision du monde, de l’économie et de l’homme doit être européenne. C’est un appauvrissement. Les Asiatiques ont une vision belle et approfondie.
    Je ne suis pas contre la mondialisation. Plus on est ensemble, plus on est puissant, plus on peut faire de belles choses, sans pour autant supprimer les personnalités et les spécificités de chaque peuple. C’est cela que je dénonce. Que les Français soient français, que les Polonais soient polonais et que les Allemands soient allemands, quitte à coopérer ensemble.


    Parmi les maux qui touchent les catholiques, vous évoquez le relativisme ambiant, la défaillance de la catéchèse et l’absence de prière… est-ce aux clercs que vous vous adressez ?”

    J’attribue la responsabilité de la baisse de la foi et de la pratique, et d’un certain manque de connaissance de la religion et de la doctrine aux prêtres. C’est leur métier. Ils sont envoyés pour enseigner. Le Christ a dit ‘’ allez enseigner toutes les nations’’.
    Si nous n’enseignons plus la doctrine, nous appauvrissons les chrétiens qui ne savent plus lire. Si le prêtre est tout le temps en train de s’agiter, il n’a pas le temps de prier. On va imiter sa façon de faire. Notre responsabilité est énorme. Nous devons être les modèles du troupeau, des modèles de prière et de vie morale. Je ne dis pas que tout vient du clergé, mais vous voyez quand même qu’il y a aujourd’hui des accusations horribles sur le clergé, contre les cardinaux et les évêques. Tout n’est peut-être pas vrai, mais même si c’était un seul prêtre qui faisait des choses comme celles-là, il pourrait décourager beaucoup de laïcs.
    Beaucoup diront que la prière n’est peut-être pas essentielle. C’est pourtant l’activité essentielle. C’est ce qu’on voit qui est essentiel.
    J’ai tendance à parler longuement, mais si vous prêchez 5 ou 10 min une fois par semaine, vous affamez les gens. Chacun de nous mange régulièrement pour maintenir sa santé. Si on donne une homélie de 10 min chaque dimanche, il n’y a aucune nourriture dedans. Il y a donc une responsabilité que j’attribue aux prêtres. Ils doivent prendre au sérieux cette mission d’enseigner, de sanctifier le peuple de Dieu et de le gouverner. Gouverner ne veut pas dire d’imposer des choses, mais plutôt d’orienter et de faire avancer vers Dieu pour une meilleure connaissance de lui.
    J’attribue aussi cette responsabilité aux familles. Les familles ne connaissent pas Dieu, elles ne prient pas souvent et n’amènent pas les enfants à l’église. Ils ne savent pas quoi croire, ils ne savent pas ce qu’est la foi.
    Nous avons tous une responsabilité dans ce que nous vivons aujourd’hui, soit au niveau de la baisse et de la pratique de la foi, soit de l’engagement missionnaire. Nous sommes tous appelés à enseigner, à sanctifier et à orienter les personnes vers Dieu.


    Vous parlez de décadence et évoquez la chute de l’Empire romain dans ce livre, comme s’il y avait une analogie. Votre titre laisse supposer qu’il est presque trop tard.
    Que diriez-vous à ceux qui pourraient désespérer ?

    Le titre du livre est un passage de l’évangile de Saint-Luc. La situation que nous vivons est celle que les premiers chrétiens et les premiers disciples de Jésus ont vécu. Jésus est mort et enterré et ils sont tous découragés.
    Chacun rentrait chez soi et voilà que Jésus les rejoint en leur demandant pourquoi ils sont tristes. Ils lui répondent ‘’vous ne savez pas ce qu’il s’est passé à Jérusalem ?. Ils ont tué Jésus qui était un grand prophète, nous espérions que c’était le Messie, voilà trois jours qu’il est mort et maintenant nous rentrons chez nous’’.
    Pendant longtemps, il expliquera que c’est comme cela que le Christ devait finir pour le salut du monde. Puis ils entrent dans une auberge, il prend le pain, il fait la bénédiction, il rompt le pain, il leur donne à manger et ils reconnaissent que Jésus est là et vivant.
    Nous pouvons nous aussi avoir cette impression que tout est perdu. Mais si nous reconnaissons Jésus à travers sa parole et à travers l’Eucharistie, il n’y a pas à désespérer. Il nous a dit ‘’ je serai avec vous jusqu’à la fin du monde’’.
    Comme je vous le disais tout à l’heure, quelqu’un peut être gravement malade et retrouver la santé. Nous pouvons retrouver notre santé si nous allons à l’essentiel.
    Qui est l’essentiel? C’est Dieu.
    Qui est l’essentiel? C’est Jésus Christ.
    Qui est l’essentiel? Ce sont les valeurs humaines.
    Il y a de quoi espérer. Il ne faut pas se décourager et se désespérer. Nous vivons un moment difficile, mais ce moment va passer. L’aurore arrive. Nous pouvons avoir confiance que la lumière arrive. Cette lumière c’est Jésus. Lui, nous redonnera la joie de vivre, la joie de nous aimer et d’être

  • l'éloges des murs rejetée par le pape François

     

    Comme Emmanuel Macron, le pape François n’aime pas les murs

     

    Tous deux ont également en commun une détestation du populisme, puisqu’il réclame des frontières qui séparent. "La peur est le début des dictatures", a lancé le Saint-Père, dimanche, de retour d’un voyage à Rabat au Maroc. Il y avait prononcé la veille un "discours aux migrants" prônant l’ouverture de l’Europe et "un élargissement des canaux de migrations". Le chef de l’État français, qui voit pour sa part une "lèpre qui monte" dans le réveil des peuples inquiets, ne peut qu’approuver cette envolée humaniste.

    Le discours de François, pour qui l’immigré est "le Christ lui-même qui frappe à nos portes", est celui des "progressistes" qui pilotent actuellement l’Union européenne. Mais il y a un hic : ces pulsions universalistes sont vues comme des dangers existentiels par une partie importante de l’opinion européenne. Le Pape, qui promeut une société "interculturelle et ouverte", ne prête guère attention aux nations ouvertes et fragiles qui craignent l’invasion islamique. Macron partage, peu ou prou, ce même angélisme.

    Oui, il y a de quoi être atterré par les déclarations du Pape, quand il dit s’accommoder d’un christianisme "minoritaire" en Europe. "Jésus ne nous a pas choisis et envoyés pour que nous soyons les plus nombreux !", dit-il. Son défaitisme emprunte aux prêches laïcs du politiquement correct. Cette morale postchrétienne est acquise aux soumissions, au nom de l’apaisement et du respect de l’Autre. Cela fait des décennies que ses évangélisateurs, omniprésents dans les médias et la politique, glorifient le "vivre ensemble". Cette tromperie exacerbe les conflits entre communautés.

    Le macronisme est l’enfant de cette idéologie relativiste et déculturée ; elle croit que les peuples et les nations sont remplaçables. Un des ressorts de la révolte des "gilets jaunes" reste le sursaut vital d’une France attachée à sa mémoire collective et à ses identités régionales. Macron méprise ce "monde ancien" qui a décidé de renaître sans lui. Les catholiques devront-ils aussi se passer de ce pape politisé pour regagner leur place ?

    François et Macron devraient entendre les plaintes contre une Union européenne indiscernable

    Le paradis, dans son étymologie persane, désignait un jardin clos de murs. Rien n’est plus humain que le désir d’être chez soi. Une même incompréhension du monde est partagée à l’Élysée et au plus haut sommet du Vatican, à propos de l’immigration. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire le cardinal guinéen Robert Sarah (Le soir approche et déjà le jour baisse, Fayard). Dans un entretien à Valeurs Actuelles, le préfet de la Congrégation pour le culte divin défend une Europe protectrice de ses peuples. Pour lui, «c’est une fausse exégèse que d’utiliser la parole de Dieu pour valoriser la migration. Dieu n’a jamais voulu ces déchirements». Mgr Sarah dit aussi: «Il faut mieux aider les gens à s’épanouir dans leur culture que de les encourager à venir dans une Europe en pleine décadence […] Si l’Occident continue dans cette voie funeste il y a un grand risque que, faute de natalité, il disparaisse, envahi par les étrangers.»

    Mgr Sarah serait-il de ces «haineux» que fustige Macron ?

    Une bonne nouvelle Il est vain de chercher à disqualifier les gens qui veulent s’abriter derrière des frontières, des barrières, des obstacles pour empêcher des arrivées indésirables. D’épaisses murailles protègent le Vatican ; l’Élysée est infranchissable pour qui n’est pas admis. La survie de l’Europe est posée à terme si rien ne vient freiner le remplacement des populations.

    Cette stratégie est défendue depuis 2000, en employant ces deux termes, par les Nations unies. Ce dessein n’a rien de «complotiste». Les arguments de l’ONU visent explicitement à pallier le vieillissement de l’Europe et la faillite des régimes de retraites par l’accueil massif de jeunes migrants.

    Ceux qui accusent l’écrivain Renaud Camus d’alerter en vain sur la perspective d’un «grand remplacement» sont les mêmes qui nient depuis toujours les réalités qui dérangent. Rien n’est encore inexorable (Jean-Paul Gourévitch, Le Grand Remplacement, réalité ou intox?, Pierre-Guillaume de Roux). Mais il suffit de regarder la nouvelle physionomie de certaines cités ou de certains quartiers pour se convaincre de la libanisation d’une France en voie de colonisation.

    Le Pape demande désormais à passer à des «actions concrètes» Est-ce l’effet des tabous? Si l’immigration apparaît dans les sondages comme une des préoccupations centrales chez les électeurs pour les européennes, le thème n’a été que timidement abordé lors du grand débat gouvernemental. Cette lacune n’est pas l’effet d’une indifférence, comme le soutiennent les professionnels du déni. L’évacuation du sujet illustre la parole policée des réunions sous surveillance.

    Cette culpabilisation est de celle dont veulent se libérer les citoyens désireux de parler clair. Cependant, Macron n’est guère disposé à avaliser un discours de fermeté. Lundi, il a fait savoir qu’il n’entendait pas se renier. Son accord donné au pacte mondial pour les migrations sûres, ordonnées et régulières, signé en décembre à Marrakech, l’oblige moralement à promouvoir «le discours sur la migration». C’est en vertu de ce texte, théoriquement non contraignant, que le Pape demande désormais à passer à des «actions concrètes».

    «Les solutions que nous allons mettre en œuvre seront puissantes», a prévenu, mardi, le Premier Ministre. En attendant, les premières réponses à la colère des «gilets jaunes» n’ont fait qu’exacerber la crise de la démocratie. En s’appropriant le grand débat, le chef de l’État a fait sa propre promotion au détriment de l’écoute des révoltés. En octroyant cette semaine à des députés boudeurs l’ouverture d’un petit débat sans vote, il a illustré la crise de la représentativité.

    Mercredi, Macron s’est dit prêt à «redéfinir un projet national et européen». Mais ce dernier n’aurait de sens que si le président récusait sa signature du pacte de Marrakech ou son discours de la Sorbonne sur la «souveraineté européenne», qui, selon François Lenglet (Tout va basculer!, Albin Michel), sort «tout droit des années 1980». La bonne nouvelle semble être la conscience par le gouvernement de l’overdose fiscale, qu’il promet de corriger pour les classes moyennes. Toutefois, rien n’est suggéré pour réduire les dépenses publiques.

    Des élections européennes détournées

    Macron veut faire des européennes une réponse à sa nouvelle politique. Mais par ce détournement, il accentue le risque de transformer ce scrutin en référendum sur sa présidence contestée.

     

    Yvan Rioufol, journaliste du Figaro