Chrétiens en Ubaye

le célibat sacerdotal en question

Le célibat sacerdotal en question

Une tradition remontant aux Apôtres ?  

On a parfois coutume de dire que c’est l’Eglise latine d’Occident qui, de façon arbitraire et très tardivement, lors du deuxième Concile du Latran en 1139, a fait une obligation du célibat pour les prêtres. Le célibat sacerdotal aurait donc une origine tardive et serait une «  invention » médiévale imaginée dans un contexte fortement clérical ; tandis que jusque là, et depuis les Apôtres, dont certains étaient d’ailleurs mariés (St Pierre par exemple dont Jésus a guéri la belle-mère), l’Eglise n’avait jamais interdit le mariage à ses prêtres. Pour preuve le fait qu’aujourd’hui encore dans l’Eglise d’Orient unie à Rome, appelée aussi Eglise

« uniate », un homme marié peut être ordonné prêtre. C’est le cas actuellement par exemple au Liban dans les églises maronites ou melchites.  Il faut néanmoins noter que, dans cette tradition, un célibataire dès lors qu’il est ordonné prêtre ne peut plus se marier;  l’ordination fixant pour toujours l’homme dans la situation où il était au moment de son ordination. Les séminaristes orientaux sont donc invités à faire leur choix de vie avant l’ordination. De la même façon un prêtre veuf ne pourra pas non plus se remarier. Il faut enfin savoir que les évêques orientaux sont toujours choisis parmi les prêtres qui ont fait le choix du célibat. A verser également dans ce dossier l’accueil, dans l’Eglise catholique, des prêtres anglicans déjà mariés. Tout récemment un nombre important de prêtres ordonnés dans l’anglicanisme – avec de nombreux laïcs d’ailleurs, soit 400.000 personnes en tout !  -  ont demandé à revenir dans le sein de l’Eglise catholique dont ils étaient séparés depuis Henri VIII. Ils seront réintégrés comme prêtres dans la situation où ils sont, soit mariés, soit célibataires. Donc la situation de l’Eglise uniate et celle des anglicans réintégrés nous permettent ce premier état des lieux :

1° Le Sacerdoce n’est pas incompatible en soi avec le fait d’être marié

 2° La tradition orientale, même si elle ordonne des hommes mariés, indique néanmoins une prédilection pour le  célibat puisque ses évêques sont toujours choisis parmi les prêtres ayant choisi le célibat ; ces derniers sont d’ailleurs en proportion plus importants. Actuellement au Liban les prêtres célibataires sont plus de la moitié.                                                       

3° Il est vrai que le Code « civil » de l’empereur d’Orient Justinien en 533 obligea l’Eglise d’Orient à choisir les évêques parmi les moines célibataires - sans héritiers ! – afin de ne pas aliéner les biens d’Eglise qui constituaient la ressource principale de l’empire byzantin. Preuve que la tradition ne devait pas toujours être respectée et que certains évêques devaient être mariés.  Mais il n’empêche que cette sombre et vénale interférence du pouvoir civil ne constitue pas en elle-même la raison théologique profonde de ce choix qui existait antérieurement.  Pour preuve c’est que cette tradition de célibat épiscopal perdure encore aujourd’hui en Orient, alors que la situation financière des évêchés n’a plus rien à voir avec celle de l’époque. La raison est donc bien plus profonde. Le Pape Paul VI fera d’ailleurs remarquer que l’Orient conserve le principe traditionnel pour les évêques et les ordonnés célibataires. Il y a donc une tradition vivante remontant aux origines, liant sacerdoce et virginité, tradition qui inspire ce choix depuis toujours, tant en Orient que dans l’Eglise latine.  Force est de constater néanmoins que cette tradition demeure intacte dans la seule l’Eglise latine, dans laquelle seuls les célibataires sont ordonnés ; tandis qu’on note un certain fléchissement en Orient. Le fameux concile non œcuménique  In Trullo  de 692, convoqué par l’Empereur byzantin Justinien II et invalidé par le pape Saint Serge, à cause d’un rejet certain de la discipline latine, n’est certainement pas étranger à ce fléchissement. Cette mentalité anti-latine de Byzance aboutira, comme on le sait quelques siècles plus tard au grand schisme d’Orient qui prive depuis trop longtemps l’Eglise de « respirer avec ses deux poumons », selon la belle expression de Jean-Paul II

Une tradition ininterrompue dans l’Eglise latine     

Voyons donc maintenant comment cette tradition a été vécue dans l’Eglise latine précisément :

Il est vrai que, aux origines,  l’Eglise n’a pas formulé de loi canonique sur le célibat des prêtres ; mais il n’en reste pas moins vrai qu’une tradition vivante, ferme et constante, remontant aux Apôtres eux-mêmes,  demande aux clercs déjà mariés d’observer la continence parfaite à partir de leur ordination. La raison ? Essentiellement la conformation de tout prêtre au Christ-Prêtre qui était effectivement célibataire.  Une encyclique du pape  Paul VI « Sacerdotalis coelibatus » de 1967   rappelle cette antique tradition : « Jésus a invité les Apôtres à un titre très spécial à vivre ce renoncement dans le célibat pour le Royaume ; même les Apôtres déjà mariés, comme Pierre, ont été invités à vivre librement la continence parfaite » Le Pape ne fait en effet que reprendre des enseignements séculaires de l’Eglise, comme celui du Concile d’Elvire de l’an 300 qui, faisant allusion aux nombreux évêques, prêtres et diacres mariés au cours des premiers siècles, rappelle la tradition des origines qui est la continence parfaite. Le Concile de Carthage de l’an 390 rappellera aussi qu’il s’agit bien d’une tradition vivante remontant aux Apôtres. Ces rappels insistants et récurrents montrent bien que cette tradition ne devait pas toujours être respectée dans les faits et qu’elle devait déjà poser questions à certains, comme c’est le cas encore aujourd’hui ! ( cf. le Synode d’Amazonie ! )

Mais revenons précisément au fameux Concile du Latran si souvent évoqué pour fonder cette soi-disant tradition arbitraire et tardive du célibat sacerdotal. Soyons clair, ce concile n’édicte aucune loi concernant le célibat sacerdotal, la tradition vivante multi séculaire étant supposée connue, mais il intervient, dans la lignée de cette tradition et des conciles précédents, en rappelant la nullité canonique du mariage d’un clerc déjà ordonné. Donc on voit bien que l’argument qui consiste à dire que la première loi concernant l’obligation du célibat pour les prêtres ne se situerait  qu’à partir de ce concile du LATRAN II  de 1139  ne tient pas. Le concile du Latran II ne fait que rappeler la tradition séculaire des origines et il la confirme par une promulgation canonique d’invalidité d’un mariage survenant après une ordination sacerdotale. 

En conclusion de cette brève enquête historique on peut dire que, conscient d’être ancré sur une tradition venue des Apôtres, vécue et magnifiée par les Pères (St Grégoire le Grand, St jean Chrysostome, St Grégoire de Nazianze etc.), le prêtre d’aujourd’hui peut vivre son célibat dans la joie et la liberté de la vérité ; et le vivre non pas comme une sorte d’amputation affective, mais au contraire comme la source d’un Amour qui rayonne. « Le Sacerdoce, disait le saint curé d’Ars, c’est l’amour du cœur de Jésus ».  Le cœur du prêtre est en effet uni au Cœur Sacré du Prêtre par excellence qu’est Jésus. Par son amour exclusif et pur il vient ainsi révéler aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui, mariés ou célibataires, le sens profond de l’amour humain et chrétien. La raison ultime et profonde du célibat sacerdotal c’est l’union et la conformité du prêtre à la Personne du Christ.

Là est le cœur de toute la question que nous allons développer maintenant sur le plan spirituel et proprement mystique :  

 

Les Raisons spirituelles et mystiques du célibat sacerdotal

La virginité pour le Royaume est inscrite dans l’Evangile et a été recueillie par St Mathieu de la bouche même du Sauveur (Mathieu 19, 12) : «  Il y a des eunuques qui se sont rendus tels en vue du Royaume des Cieux. Comprenne qui pourra ! »  C’est un trésor évangélique qui a été  choisi librement tout d’abord par certains membres des premières communautés chrétiennes  (c’est l’origine de la vie religieuse) et aussi par les Apôtres eux-mêmes et leurs successeurs, comme lié obligatoirement à leur sacerdoce. Il y a des raisons spirituelles à ce lien qu’il nous faut maintenant pour ainsi dire contempler. La raison essentielle c’est le Christ lui-même à qui est identifié le prêtre de la Nouvelle Alliance. La nouveauté radicale de cet état de vie par rapport au judaïsme pour qui le célibat est blasphématoire,  s’origine dans le  Christ qui vient « faire toutes choses nouvelles » (Apocalypse 21, 5)) La nouveauté c’est l’Incarnation :   Dieu s’est fait homme en effet pour que l’humanité sujette au péché et à la mort soit régénérée, et que par une nouvelle naissance (Jean 3, 7)  elle puisse entrer dans le Royaume des cieux. Jésus, par son sacerdoce, vient réaliser cette création nouvelle ;  il vient accomplir une forme nouvelle de Vie, sublime et divine :         «  Voici que je fais toutes choses nouvelles ».  Le mariage naturel béni par Dieu dès la Genèse fut en effet blessé par le péché (Genèse 3, 16). Et c’est le Christ qui par sa Passion va sauver l’amour, en particulier l’amour matrimonial, et l’élever à la dignité de sacrement. Mais le Christ, Médiateur d’une Alliance plus haute encore (Hébreux 8, 6) a ouvert un autre chemin par lequel une personne humaine est invitée librement à s’attacher totalement et directement à Lui. Elle sera dès lors exclusivement préoccupée de Lui et de ce qui le concerne comme Sauveur, manifestant de façon plus claire et plus complète la réalité profondément novatrice de la Nouvelle Alliance. C’est ce que Jésus appelle « devenir volontairement eunuque pour le Royaume »  (Mathieu 19, 12)

 En pleine harmonie avec cette mission, le Christ est resté lui-même durant toute sa vie dans l’état de virginité, qui signifie son dévouement total au service de Dieu et des hommes. De cela découle pour les prêtres, ministres du Salut en Jésus-Christ, le don du célibat sacré comme configuration plus complète avec le Seigneur Jésus.                                                                                                     

 

Dimension ecclésiale du célibat sacerdotal

Le célibat sacerdotal revêt de plus une dimension ecclésiologique. Comme le Christ, le prêtre est aussi l’Epoux mystique de l’Eglise. Il aime l’Eglise d’un amour exclusif. Il jouit ainsi d’une ample liberté spirituelle pour se placer au service aimant et total de tous les hommes sans distinction. Avant d’être une disposition canonique le célibat est un don de Dieu à son Eglise. Avec son  sensus fidei ( sens surnaturel venant de sa Foi)   le peuple de Dieu a toujours rendu grâce pour ce don. Le choix du célibat de l’Eglise catholique de rite latin s’est développé, depuis les temps apostoliques, précisément dans la ligne de la relation du prêtre avec son Seigneur, gardant devant les yeux comme grande icône ce Jésus s’adressant ainsi à Pierre : « M’aimes-tu plus que ceux-ci ? » (Jean21, 16) A cette question fondamentale du Christ la réponse libre du candidat au sacerdoce ne peut être que le don total de sa vie. C’est pourquoi le séminaire doit être avant tout une véritable école d’Amour du Christ. Le sacerdoce n’est autre qu’une vie intimement unie à Jésus-Christ : « Le sacerdoce c’est l’amour du cœur de Jésus » dit le curé d’Ars. On ne peut donner une meilleure définition !          Il y a donc bien un caractère nuptial du célibat sacerdotal en raison du rapport entre le Christ et l’Eglise son épouse : « Voici les noces de l’Agneau et son épouse s’est faite belle » (Apocalypse 19, 7) 

Il reste qu’à toutes époques, y compris bien sûr la nôtre, le célibat pour le Royaume n’est pas toujours compris ni même accepté. Jésus avait prévenu ses amis : « Tous ne comprennent pas ce langage, mais ceux-là seuls à qui cela est donné » (Mathieu 19, 11)                       

 

Dimension eschatologique du célibat sacerdotal

Le célibat a aussi une dimension eschatologique qui renvoie au mystère de la Résurrection et de la Vie éternelle. Tandis que le mariage enracine l’Eglise dans le présent, la plongeant totalement dans l’ordre terrestre, qui devient ainsi lui-même lieu de sanctification possible, la virginité renvoie immédiatement à l’avenir, à la perfection intégrale de la création, qui ne sera réalisée pleinement qu’à la fin des temps. Le célibat pour le Royaume, tant pour les prêtres que pour les personnes consacrées d’ailleurs (religieux, religieuses et laïcs consacrés) est donc prophétique de la création nouvelle pleinement réalisée dans le Ciel où « on ne prendra ni épouse, ni époux, mais où l’on sera comme des anges de Dieu » (Luc 20, 35)                                                                                              

 

L’épanouissant célibat sacerdotal

Le célibat est enfin une obligation heureuse, un besoin de vivre avec le Christ qui ne signifie en aucun cas de devoir être privé d’amour, mais au contraire de se laisser gagner par la passion pour Dieu et, grâce à une présence plus intime à ses côtés, à servir également les hommes.         

 On comprend mieux maintenant pourquoi existe cette pérennité de la discipline du célibat pour les évêques et la grande majorité des prêtres dans l’Eglise catholique, tant d’Orient que d’Occident. En dépit des violents séismes qui ont tenté à différentes époques – y compris la nôtre ! – d’ébranler cette discipline, l’Eglise a toujours su résister avec ce que d’aucuns nomment un entêtement ! Mais nous savons que cette résistance du Magistère n’a rien à voir avec l’opiniâtreté et qu’elle s’explique uniquement par l’ancrage de cette tradition sur le roc des Apôtres. C’est l’argument de la tradition apostolique qui est toujours ultime et définitif dans l’Eglise – même chose pour la question de l’ordination des femmes, de l’indissolubilité du mariage etc. –

Comme le disait St Augustin :

«  Ce que les Apôtres ont enseigné faisons en sorte nous aussi de l’observer »

 

François Marot